Des musiques de São Luis au sable des Lençois dos Maranhenses PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Stéphane   
Samedi, 11 Septembre 2010 21:18

Vendredi 20 août en fin de journée. La semaine de travail touche à sa fin, les collègues partent les uns après les autres en me souhaitant « boas férias », de bonnes vacances. Quelques heures plus tard j’atterris à São Luis de Maranhão dans le Nordeste. Je retrouve une Brésilienne avec qui j’avais discuté dans le hall d’embarquement à Rio et, avec deux de ses copines on s’engouffre dans un taxi en direction du centre historique. Les trois Brésiliennes descendent devant une jolie pousada ; le chauffeur de taxi souhaite m’emmener en voiture jusqu’à l’auberge de jeunesse pourtant située à 200-300 mètres seulement. Je sens à son attitude que ce n’est pas pour gagner quelques centimes de plus, j’accepte. Exceptionnellement j’avais envoyé un mail pour réserver mais c’était déjà complet. Toutes les pousadas contactées affichaient également complet et le correspondant de l’auberge m’avait dit de quand même venir et qu’on trouvera une solution. Il est 3H30 du matin quand je frappe à la porte. Ce n’est pas lui à la réception et on ne m’ouvre même pas la grille d’entrée, on me dit juste que c’est complet et que je dois aller voir ailleurs, sympa ! Heureusement le taxi était encore la et sur ma demande il m’emmène dans la pousada la moins cher qu’il connait. Elle est pourrie, l’odeur de renfermé est très forte et le prix assez élevé mais je n’ai pas le choix, j’y passe la nuit. Ca m’apprendra à ne jamais réserver sérieusement ! Et ce fut une excellente idée d’avoir pris un taxi jusqu’au bout, car les rues et groupes de personnes présents au milieu de la nuit n’étaient pas de nature à rassurer... Quelques prostitués et travestis m’ont demandé mon numéro de téléphone alors que je passais en taxi ! Bref, le premier contact avec São Luis ne fut pas des plus agréables. J’avoue que je m’attendais à une arrivée plus tranquille ; l’insouciance de la jeunesse !

Le lendemain matin était un nouveau jour. Je quitte mon hôtel pouilleux situé dans un quartier peu recommandé pour me rendre, sous un soleil de plomb, dans une pousada en plein cœur historique de la ville. Le ciel est bleu, les rues sont garnies d’une population bien différente de la nuit précédente et je me sens bien plus à l’aise. Ce n’est pas la première fois que j’ai cette sensation désagréable d’une arrivée un peu « glauque » au milieu de la nuit et les lendemains matins sont toujours des plus agréables, quand on découvre la ville grouillante sous un ciel bleu. Après m’être baladé dans la principale rue commerçante –fourmillant de Brésiliens venus faire du shopping- j’ai pris la direction de la vieille ville. Celle-ci, fondée au XVIIème siècle par les français, n’est pas dans un très bon état, même si certains bâtiments ont été joliment restaurés.

Attiré par un bruit de musique, je m’approche de cette porte d’hangar à moitié ouverte. J’y ai découvert un groupe de Forró, une musique du Nordeste, en train de répéter en vu d’un concert prévu quelques jours plus tard. La musique est sympa, et surtout le sourire et la joie des musiciens sont communicatifs. J’ai du passé pas loin d’une heure à en profiter ! Plus tard, ce sont des chants de Capoeira qui ont attirés ma curiosité. Cet art afro-brésilien est un savant mélange de danse, de musique et d’art de combat, sans aucune violence. La Capoeira est étonnante à regarder, c’est plein de souplesse, de rythme, de douceur, d’énergie et de sensualité, le tout dans une atmosphère bien particulière. Si vous souhaitez voir un exemple de Capoeira, je vous invite à regarder cette vidéo.

Du peu que j’en ai vu, la ville de São Luis m’a laissée indifférent. Par contre, j’ai particulièrement bien aimé sa culture musique et artistique, cela donne vie à la ville. Et encore je n’ai pas réellement profité du Bar do Nelson, la référence locale pour écouter du reggae, car la soirée débutait un petit peu trop tard.

Capoeira à São Luis do Maranhão

Capoeira à São Luis do Maranhão

Le lendemain je me retrouve à déambuler à Barreirinhas, aux portes des Lençois dos Maranhenses, à chercher la pousada la moins chère. On est dimanche, les rues pavées recouvertes d’une couche de sable sont désertes et il fait chaud, très chaud. Ce n’est pourtant pas un grand désert qui se trouve à proximité, mais cette ville est assez proche de celles que j’ai dans mon imaginaire pour les entrées de déserts : peu de monde dans les rues, un soleil de plomb, une présence du sable dans chaque recoins de la ville et les rares véhicules qui roulent sont adaptés aux conditions locales. Je découvrirai plus tard que la vie à Barreirinhas est tout à fait différente dès que la semaine débute, la ville prend vie.

Dans l’après midi je retrouve les Brésiliennes rencontrées à l’aéroport et nous embarquons dans l’un des 4x4 à touristes en direction des Lençois dos Maranhenses. J’avais donné mon accord la veille sans trop savoir de quoi il s’agissait, l’idée était avant d’où de partir en « reconnaissance » pour ensuite faire un trek (randonnée). Le chemin de sable n’est pas des plus confortables, on se fait bien secouer et les branches prêtes à bondir en pleine figure sont nombreuses. Puis apparaissent les premières dunes au loin, et le sable se fait de plus en plus présent, jusqu’à ce que le véhicule s’arrête en bas d’une dune. Je l’escalade en courant et, arrivé en haut, je découvre ce sable parsemé de lacs. Ces dunes de sable aux géométries variées filant à travers l’horizon.

Dunes aux Lençois dos Maranhenses

Dunes aux Lençois dos Maranhenses

Pendant deux heures je me balade de dune en dune, de lac en lac, appréciant cette nature immaculée. Je suis bien, ce lieu me plait. Mais il y a trop de monde autour, trop d’agitation, pour en profiter pleinement. Rapidement je glane des informations à droite et à gauche pour réaliser une randonnée sur 2 ou 3 jours, mais je ne trouve pas le moyen de le faire en autonomie –il n’y a, évidemment, aucune carte ; je n’ai pas de GPS. Quelques guides se proposent de m’accompagner, mais leurs tarifs sont totalement délirants. Ils me prennent pour un vrai touriste mais ça ne fonctionne pas !

Un coucher de soleil sur les dunes puis nous reprenons le 4x4 en direction de Barreirinhas, le tour sur les dunes est déjà terminé. J’ai apprécié cette balade, mais je ressens un goût d’inachevé, un goût de « trop peu ». Quelques heures plus tôt, j’avais en tête de marcher 2 ou 3 jours dans ces Lençois dos Maranhenses. Maintenant, j’en ai la certitude, je ne veux pas partir d’ici sans faire cette petite randonnée.

De retour à l’agence de touristes, les trois Brésiliennes achètent des « packs » jusqu’à Jericoacoara, village situé quelques centaines de kilomètres plus à l’Est. J’indique que je ne suis pas intéressé et attends tranquillement mon tour. Je finis par m’assoir en face du responsable de l’agence et, avant même qu’il ait le temps de me proposer ses offres, je lui explique mon projet et lui dis que je ne veux surtout pas de « tour organisé ». Très sympa, il enlève sa casquette commerciale et me renseigne sur la meilleure manière de procéder. Je ressors avec les informations souhaitées : je dois me rendre à la « pousada da Rita » à Atins, une autres portes des Lençois dos Maranhenses. Il m’indique qu’il peut me proposer, pour 50 R$ (23€), une balade en bateau jusqu’à Atins. Je refuse poliment et le remercie pour les informations. Sans raisons apparente, je sens que tout va bien se passer et que ça va me plaire. Pour la soirée je retrouve 2 françaises rencontrées dans la journée, on boit quelques « cervejas » (bières) locale dans un bar sur pilotis. Ces rencontres de voyage pendant lesquelles on passe quelques heures avec d’autres voyageurs avant de reprendre chacun sa route sont toujours aussi sympas et font partie intégrante des voyages. Tout ça me plaît.

Fin de journée sur les Lençois dos Maranhenses, dans le Maranhão

Fin de journée sur les Lençois dos Maranhenses, dans le Maranhão

7H00 du matin, le réveil sonne déjà. Les paupières lourdes, je me lève, avale un petit déjeuner et prends la direction des quais de Barreirinhas. Mon objectifs est simple, plutôt que prendre un bateau à touristes je souhaite demander à des locaux si je peux embarquer avec eux et débarquer à Atins, à l’embouchure de la rivière. Deux pécheurs reviennent d’une nuit de pêche et m’indiquent un ancien bateau de pêche au bout du quai ; je comprends aussi que même s’ils le peuvent ils ne me déposeront pas à Atins pour respecter le boulot de leur copain. Au bout du quai, Gabriel, le capitaine du bateau, m’indique qu’il peut m’emmener à Atins pour 8 R$ (3,6€, 6 à 7 fois moins cher !), départ à 10H00. Je pose mon sac et regarde tranquillement l’animation grandissante autour de moi. Le bateau sur lequel je vais voyager est le principal transport local et c’est notamment lui qui permet d’approvisionner les villages situés au bord de la rivière en équipements et nourriture. On embarque tous types de marchandises, des packs d’eau et de Coca en passant par du bois, des planches, des tuyaux ou des sanitaires. Simplement parfait, je ne pouvais pas trouver mieux que ce transport local ; c’est mille fois mieux que les bateaux à touristes ! Je me sens bien.

Chargement du bateau de transport local à Barreirinhas

Chargement du bateau de transport local à Barreirinhas

Je déambule sur les quais et vis le réveil de la ville. D’autres ont finis leur nuit de travail, tel ces pécheurs vendant le fruit de leur travail en mer. Je vis pleinement ce moment, j’aime cette ambiance des petits matins, quand il fait encore relativement frais et que la ville se réveil.

Retour de pêche à Barreirinhas

Retour de pêche à Barreirinhas

A l’heure prévue, l’ancien bateau de pêche reconverti en transport de personnes et de matériel largue les amarres. Deux autres touristes ont rejoins le bord, la grosse dizaine d’autres personnes est constituée de locaux qui se déplacent, plusieurs d’entre eux avec des marchandises lourdes et volumineuses. La navigation de Barreirinhas à Atins prend environ 4 heures. Ces 4 heures sont passées très rapidement, simplement à profiter du glissement du bateau sur l’eau, à vivre tranquillement et en prenant son temps. Le voyage a également été l’occasion de faire connaissance des deux autres touristes, Qing, Malaysienne ayant vécu à Londres et Daniel, Italien habitant en Belgique. Tous deux voyages ensemble depuis 3 jours, Qing voyage 2 mois au Brésil alors que Daniel passe environ un an ici, à voyager. Ils se rendent également à Atins mais sans avoir de projets bien précis.

En arrivant on découvre tous les trois Rita et sa pousada puis on mange notre premier poisson ensemble ; il sera suivi de nombreux autres. Que c’est bon de manger du poisson péché quelques heures plus tôt et cuisiné au barbecue, j’apprécie et savoure.

Le lendemain nous faisons juste une balade de quelques heures jusqu'au phare de Preguiças (aussi appelé phare de Mandacaru). En fin de journée on croise deux français dans la pousada, ils ne savent pas trop quoi faire le lendemain car leur temps est compté. Après avoir discuté avec un guide local, on décide de partir tous les cinq (Qing, Daniel, les deux français et moi) pour deux jours de randonnée dans les dunes. Je suis content, j’ai réussi à trouver d’autres personnes pour partir marcher sur deux jours !

A 6 heures le lendemain matin nous commençons notre marche. Notre guide n’est pas très bavard, n’est pas bien grand, mais il marche a un rythme élevé et régulier assez impressionnant. Quelque soit le terrain, le soleil, le vent et la dureté du sable, il avance à la même vitesse. Une machine de marche ! Durant 9 heures nous montons et descendons des dunes de sable. Le vent soutenu fait bouger le sable en permanence et ne lui permet pas de chauffer trop fort ; sauf à quelques endroits abrités du vent. Les baignades dans les lacs nous permettent de nous rafraichir, les paysages sont jolis même si on est bien loin des photos des brochures. Cette année a été particulièrement sèche donc le niveau des lacs n’a jamais été très haut. De plus, les dernières pluies sont tombées en juin et les lacs se sont déjà bien évaporés ; ils ont disparus d’ici octobre. Malgré la chaleur et le soleil qui brule les quelques centimètres carrés de peau qui n’ont pas reçu de crème solaire, j’apprécie la balade.

Sables chaud et mou des Lençois dos Maranhenses

Sables chaud et mou des Lençois dos Maranhenses

Après être passé dans la matinée au « lagoa verde » (lac vert), on arrive dans l’oasis ou on passera la nuit vers 16 heures. On nous propose un poulet pour le diner et on nous promet qu’il sera frais. Ils vont en prendre un dans la cour puis le ramène et d’un « allongement du cou », le tue sous nos yeux. Au moins, on sait d’où viendra notre diner ! On s’installe sur une dune à proximité pour admirer le coucher de soleil, on en profite pour s’amuser avec les photos.

Votre serviteur lors d’un coucher de soleil aux Lençois dos Maranhenses

Votre serviteur lors d’un coucher de soleil aux Lençois dos Maranhenses

Je dors pour la première fois dans un hamac. Je me rends alors compte qu’un hamac, c’est super pour faire la sieste après le déjeuner mais ce n’est pas si agréable pour passer une nuit complète. Une légende s’effondre ! Malgré une nuit peu réparatrice, c’est à 4 heures du matin qu’on débute notre marche retour vers Atins. On profite de la fraicheur de la nuit et de la pleine lune pour marcher, à bon rythme, vers la plage ; on l’atteindra à l’heure du lever du soleil. Le trajet retour n’est pas des plus agréable, le vent est maintenant de face, toujours aussi fort, et la plage n’est pas particulièrement jolie. Heureusement pour certains, nous avons avancé assez vite lors des premières heures donc on atteint rapidement le « pré village » avant Atins. Une bonne bouteille d’eau fraiche plus tard et c’est reparti pour la dernière heure de marche. Enfin, nous sommes plus que trois sur cinq à marcher. Qing et Daniel préfèrent terminer en 4x4 ; les deux français auraient aimés faire de même mais leur timing ne leur permet pas, ils doivent prendre un 4x4 2 heures plus tard. De mon côté, c’est simplement hors de question de terminer en véhicule motoriser ; physiquement je me sens bien et, surtout, je ne vais pas m’arrêter « si proche du but » !

On retrouve Rita et sa pousada et quelques minutes plus tard un couple de français réservent, sur mes conseils, le même trek pour le lendemain matin. Les autres français ne l’auraient pas forcément conseillés mais moi j’ai bien apprécié, j’espère que le couple n’a pas regretté de m’avoir écouté !

Le jaune et le bleu, les deux couleurs prédominantes des Lençois dos Maranhenses

Le jaune et le bleu, les deux couleurs prédominantes des Lençois dos Maranhenses

Notre équipe bien sympa, avec Qind et Daniel, est de nouveau réveillée à 3H30 du matin. Cette fois ci nous prenons la route, enfin surtout la piste, en direction de Parnaíba, dans l’état voisin (Piauí). Une succession de 4x4 puis un bus routier nous amènent, en 11 heures, à Parnaíba (trajet : Atins, Barreirinhas, Paulino Neves, Tutoia et Parnaíba). Le lendemain nous avons fait, avec deux Allemands, une balade de quelques heures dans le delta de Paranaíba. Nous avions choisi un petit bateau ce qui nous a permis d’aller dans de petits canaux et d’avoir aux commandes un local qui connaissait parfaitement le coin. Grâce à lui nous avons pu voir au mieux la faune et flores locales.

Nos deux soirées à Paranaíba nous ont permis de découvrir la mode locale : chacun arrive avec sa voiture, la gare devant le bar ou restaurant et met de la musique le plus fortement possible. Pour être sur d’être entendu, ils ont du matériel « professionnel » qui occupe entièrement le coffre, avec des baffles toutes plus puissantes les unes que les autres. Résultat, plusieurs musiques, parfois totalement différentes, se côtoient avec difficultés. Et le son est tellement fort qu’il est alors impossible de parler ; on se retrouve juste avec les oreilles cassées ! D’autres Brésiliens étaient gênés par ces musiques, mais les « gringos » que nous sommes avons gentiment demandé aux propriétaires de voiture / DJ de diminuer le volume, souvent en vain...

Toujours avec Qing et Daniel, nous avons ensuite pris la route en direction de l’état situé à l’Est, le Ceara. La suite sera dans un prochain article...

J’en profite pour vous indiquer avoir mis en ligne de nouvelles photos dans l’album photos du Maranhão, n’hésitez pas à y faire un tour.

Até logo,

 

Commentaires   

 
#1 C 12-09-2010 09:35
Continue à nous envoyer du soleil depuis le Brésil ça rallonge un peu notre été ici ...

PS: n'oublie pas la crème solaire ce serait dommage de brûler
 
 
#2 Steph 12-09-2010 22:36
J'ai mis de la crème solaire, beaucoup même, et indice 50. Mais dès que j'oublie 1 centimètre de peau, je crame...

PS : no worries, ici c'est l'hiver mais aujourd'hui on avait 28°C et des plages bondées !
 
 
#3 Fjord 15-09-2010 10:52
Salut Steph,
Encore un bel article agrémenté de très belles photos !
Et, sinon, je compatis pour les coups de soleil... ;-)
Bizzzz !