|
Écrit par Stéphane
|
|
Dimanche, 16 Mai 2010 15:14 |
|
Fin décembre 2009 j’ai visité à Ouro Préto la Casa dos Contos, l’un des rares monuments ouvert ce jour la. Outre la maison en elle-même, bâtiment qui était un centre des finances du XVIIIème siècle, l’intérêt de cette visite était la découverte de l’histoire de la monnaie au Brésil. Et son histoire récente est assez étonnante, surtout pour quelqu’un qui, comme moi, n’ai jamais connu de périodes inflationnistes. Voici les différentes évolutions de la monnaie Brésilienne entre 1986 et 1994 :
Août 1984 : Cruzeiro (Cr$)
Février 1986 : Cruzado (Cz$), 1 Cz$ = 1 000 Cr$ (division par 1 000)
Janvier 1989 : Cruzado Novo (NCz$), 1 NCz$ = 1 000 Cz$ (division par 1 000)
Mars 1990 : Cruzeiro (Cr$), 1 Cr$ = 1 NCz$ (pas de changement de valeur)
Août 1993 : Cruzeiro Real (CR$), 1 CR$ = 1 000 Cr$ (division par 1 000)
Juillet 1994 : Réal (R$), 1 R$ = 2 750 CR$ (division par 2 750)
En 10 ans, la monnaie Brésilienne a donc été divisée trois fois par 1 000 puis une fois par 2 750. A titre de comparaison, la dernière modification de la valeur du Franc Français, décidée par le Général de Gaulle en 1958, a été une division par 100 (100 ancien Francs donnaient alors 1 nouveau Franc). Le passage à l’euro a entrainé une division par 6,55957 Francs.
Entre 1986 et 1994, l’inflation au Brésil était extrêmement élevée. En 1993, elle a atteint le niveau record de 2 477% sur un rythme annuel (source Courrier International). Quelques mois avant l’adoption du Réal en juillet 1994, près de la moitié des Brésiliens vivaient en dessous du seuil de pauvreté. Et au même moment, les prix augmentaient au rythme de 50% par mois (donc le pouvoir d’achat de la monnaie diminuait pratiquement de moitié tous les mois), condamnant les plus pauvres à une obsédante précarité. Cette inflation rendait impossible toute planification, que ce soit dans le cadre de la famille ou de l’entreprise. Les situations économiques des personnes comme des entreprises étaient délicates.
La visite de ce musée d’Ouro Préto m’a rappelé une conversation avec des collègues Brésiliens. Ils racontaient que pendant les années d’hyperinflation (il y a seulement 15 ans), ils étaient obligés d’aller faire leurs courses alimentaires le jour même ou ils recevaient leur paye. Car s’ils attendaient, les prix s’envolaient tellement vite qu’ils n’étaient plus en mesure de se nourrir convenablement.
Grâce au « Plan Réal » adopté en 1994, la plus importante réforme de l’administration du président Itamar Franco, l’inflation est tombée presque du jour au lendemain à moins de 2% par mois et 25% en rythme annuel. Cette stabilité économique a été très importante pour le développement du pays. Pedro Malan, qui était président de la Banque centrale puis qui a été ministre des Finances déclarait « Avec le Réal, le pouvoir d’achat des salariés a été préservé. Les consommateurs ont pu comparer les prix et préparer l’avenir. La croissance économique s’accompagna d’une énorme augmentation des investissements directs de l’étranger ». Le succès du plan Réal a également joué un grand rôle dans le rétablissement du rayonnement international du Brésil, rayonnement qui s’est intensifié ces derniers mois...notamment lors de la crise économique mondiale.
Ce qui me marque le plus dans cette histoire de la monnaie Brésilienne, c’est la période à laquelle ça s’est déroulé. Ce n’est pas il y a 50 ou 70 ans, c’est il y a seulement 16 ou 17 ans. Même si je commence à me faire vieux, j’aurai connu cette période si j’avais vécu au Brésil à ce moment la. Et les personnes nés au moment de l’adoption du Réal comme monnaie officielle du Brésil ne sont pas forcément en mesure de comprendre cet article tellement ils sont jeunes !
Depuis une dizaine de jour, la parité entre le Réal et l’Euro a beaucoup variée. Mais cette fois ci le Réal est stable, nous assistons seulement à une chute de l’Euro du, principalement, à la crise Grecque. Maintenant les Brésiliens peuvent faire leurs courses quand ils veulent, mais moi, l’étranger payé en euro, cours faire mes achats en début de mois pour limiter l’impact de la chute de ma monnaie (bien évidemment, rien de comparable avec les variations Brésiliennes du début des années 90) !
Avez-vous connu, vous aussi, de fortes périodes inflationnistes, que ce soit en France (il y a quelques années…) ou à l’étranger ? Comment avez-vous appris à vivre avec ça ? Avez-vous des anecdotes sur le sujet ?
Até logo,
|
|
Écrit par Stéphane
|
|
Lundi, 03 Mai 2010 22:48 |
|
Si on regarde une carte du monde centrée sur l’Europe, on a la Chine à l’extrémité Est et la Brésil à l’Ouest. Ces pays se retrouvent (géographiquement) opposés, même si bien évidemment tout dépend de sa vision du monde. Et si cette opposition géographique se retrouve dans un trait culturel de ces deux « géants » en développement, c’est bien dans les contacts physiques entre humains.
En Chine, d’une manière générale, il y a peu de contacts physiques – hormis ceux dans les transports en communs qui, il faut l’avouer, peuvent être importants voire « violents ». En tant qu’homme, on peut serrer la main pour saluer un Chinois, même si c’est un geste relativement récent pour eux cela est maintenant bien répandu. Pour dire bonjour à une femme, on peut également lui serrer la main, mais il ne faut surtout pas lui faire « la bise » comme nous avons l’habitude de le faire en France. Même avec des amies, on ne provoque pas un contact physique entre les visages pour se saluer, on dit seulement « ni hao » (bonjour) en gardant ses distances. Lors d’un voyage officiel en Chine, un président avait « fait la bise » à une étudiante chinoise et cela avait choqué tout le monde !! Alors bien sur, certaines chinoises font la bise, mais c’est très généralement car elles connaissent les coutumes des « laowai » (étrangers) qu’elles fréquentent. Les très rares contacts physiques que j’ai vu en Chine avaient généralement lieu dans les gares ferroviaire, lors de retrouvailles entre membres de la famille (ou amis, je ne sais pas). Mais cela est rare.
Maintenant que je suis de « l’autre côté du monde », les choses sont bien différentes. Au Brésil, la culture latine est plus présente et ça se sent ! Il n’y a pas vraiment de « règles » pour se saluer, ça dépend vraiment des gens. Entre un homme et une femme ou entre deux femmes, ça peut être soit juste un « hug » (« étreinte » en français ?), soit la bise (deux à Rio et, parait-il, une seule à Sao Paulo), soit tenir la personne par les mains, ou un mix de tout ça ! Entre homme, les Brésiliens se serrent la main. Mais la encore il y a une spécificité locale : le serrage de main est toujours accompagné d’une petite tape amicale sur l’épaule ou dans le dos. Ca devient plus étonnant lorsque deux hommes proches (famille ou amis proche) se saluent, la tape sur l’épaule est complétée par une « caresse sur le ventre ». Ca surprend ! Quoi qu’il en soit, et contrairement à la Chine, il y a toujours un contact physique pour se saluer, nous ne sommes pas dans un pays Latino pour rien !
Mais ce ne sont pas les contacts physiques entre ami(e)s qui m’étonnent le plus, mais ceux dans le cadre professionnel, au sens large. Je me souviens notamment un rendez-vous avec une neurologue –pas celle qui me suis habituellement, mais une autre- ou à la fin de la première (et seule) consultation elle m’a fait un long hug et une bise appuyée. Je ne m’y attendais pas trop (et pour les mauvaises langues, elle ne faisait pas ça qu’avec moi) ! En entreprise, les contacts physiques sont également nettement plus présents qu’en France. Les Brésiliens font souvent une tape amicale sur l’épaule lorsqu’ils croisent un collègue. Ils peuvent aussi poser la main sur l’épaule d’un collègue assis pendant qu’ils discutent avec une autre personne (ils demandent généralement « comment ça va ? » avant de poser la main). Ces contacts sont, bien sur, également présents chez les femmes. En entreprise, je vois régulièrement des femmes se faire des « câlins » (différent des hugs) ou de vrais bisous sur la joue, en pleine journée, comme ça. Je n’ai jamais vu ça en France, et encore moins en Chine, évidemment. D’ailleurs des français sont venus travailler quelques jours à Rio et c’est l’une des choses qui les a le plus surpris dans le cadre professionnel.
Quand on reprend une carte du monde centrée sur l’Europe, on se rend compte que la représentation géographique avec la Chine d’un côté, l’Europe au milieu et le Brésil de l’autre côté est également une schématisation des différences culturelles concernant les contacts humains : la Chine d’un côté, le Brésil de l’autre et l’Europe entre deux.
Autant vous dire que ma surprise était toujours importante lorsqu’en Chine, je croisais mes amies Brésiliennes. Alors que j’étais habitué à dire bonjour « de loin » avec les Chinoises, je redevenais latin quelques instants pour une vraie étreinte appuyée. Je dois bien avouer que, sur ce point, je trouve la culture Brésilienne nettement plus sympa !
Até logo,
|
|
Écrit par Stéphane
|
|
Dimanche, 25 Avril 2010 14:08 |
|
Début avril j’ai profité d’un week-end de trois jours pour aller me balader à l’ouest de Rio de Janeiro. Je me suis rendu à Paraty (ou « Parati », au choix) et Trindade. La première ville est un témoignage de l'architecture coloniale brésilienne…mais aussi une étape touristique appréciée, trop à mon goût… Trindade, à 25 Km de la, est très différente. L’ambiance y est beaucoup plus « roots », il suffit d’ailleurs de voir le nombre impressionnant de camping qu’on y trouve (alors qu’à Paraty, il existe juste un morceau de jardin en guise de camping). L’occasion pour moi de faire une démonstration d’installation de tente avec ma « 2 secondes Décathlon » !
Ces trois jours à Paraty et Trindade se sont déroulés sous un temps changeant, avec des éclaircies mais aussi de fortes pluies. Quelques rencontres sympas ont aussi rythmés mon séjour, un Pauliste (habitant de São Paulo) voyageant en moto lors d’une soirée en camping and une Carioca (habitante de Rio) lors d’une balade entre plage et chemin à travers l’intense végétation tropicale de la région.
C’est avec un petit peu de retard que je partage quelques clichés pris pendant mon séjour (images ajoutées dans un album photos en ligne) :
Até logo,
PS : je viens de modifier les liens des bannières en haut de page. En cliquant sur les photos, vous arriverez maintenant sur la page d’accueil du site, cela me semble plus logique et simplifie la navigation.
|
|
Écrit par Stéphane
|
|
Mercredi, 21 Avril 2010 19:41 |
|
Ceux qui me connaissent personnellement, ceux qui lisent TravelSteph.com depuis le début et ceux qui ont lu la rubrique A propos de ce site le savent : mon sport favori est le bateau à voile. Et pourtant, j’en parle très peu ici, tout simplement car j’ai eu peu d’occasions ou de possibilités de naviguer lors de mes périodes à l’étranger. En Australie j’avais tout de même navigué sur un monocoque de 60 pieds (18,28 mètres) après avoir travaillé dessus quelques semaines en vu de le préparer pour la Velux 5 Oceans, une course en solitaire autour du monde. J’avais ensuite navigué à Melbourne et Geelong, je faisais parti d’un équipage pour faire des exhibitions pour un constructeur automobile.
Mais depuis ces navigations en février 2007, je n’avais plus navigué lors de mes séjours à l’étranger (hormis une croisière aux Whitsundays Islands). Ce vide s’explique autant par le fait que j’avais peu d’opportunités –je ne restais jamais assez longtemps au même endroit- que par choix. Je préférais en effet profiter de mes voyages pour découvrir le pays, la culture et les populations locales que de passez mes week-end sur l’eau. Mais il est évident que cela me manquait…et ça faisait du bien de retourner « tirer des bords » lorsque j’étais en France.
Alors forcément lorsque j’ai fait mon sac pour partir à Rio de Janeiro, j’ai mis un short et une paire de gants pour pouvoir naviguer. Malheureusement mes problèmes de santé dus à une réaction du vaccin contre la fièvre jaune m’ont éloignés des pontons.
En décembre ou janvier je me suis tout de même rendu au « Iate clube do Rio de Janeiro », le principal club de voile de la ville. Je souhaitais glaner des informations et, si possible, prendre des contacts et laisser une annonce pour trouver des embarquements. Malgré mon sourire, ma bonne humeur et de la politesse, je n’ai jamais réussi à passer le contrôle de sécurité à l’entrée du club… J’ai pourtant tout essayé…et j’ai l’habitude de rentrer dans les yachts clubs « privés » et interdits au public (Australie, Suisse, Angleterre, etc.). Mais cette fois-ci, rien à faire. J’ai finis par rebrousser chemin, déçu.
C’est finalement par l’intermédiaire de…mes parents que j’ai pu rentrer dans ce club de voile. Ils ont discuté avec leur voisin dans l’avion entre Paris et Rio et, de fil en aiguille, ils en ont arrivé à discuter de voile. Ivan, Brésilien vivant désormais en France, s’est alors proposé de me donner un coup de main en transférant ma demande d’embarquement à ses contacts. Une fois ma santé améliorée, les choses sont allés très vite : j’ai envoyé un mail, 2 heures après tout était organisé et le samedi suivant je me rendais de nouveau au Iate Clube do Rio de Janeiro. Cette fois-ci, aucun problème pour rentrer, il m’a suffit d’appeler le contact d’Ivan et de donner au gardien les bons noms et les portes se sont immédiatement ouvertes. C’est impressionnant de voir comment une situation « sans issus » s’est très facilement débloquée en ayant de bons contacts. Encore merci à Ivan et Eduardo (le skipper) !
J’ai eu l’occasion de naviguer les deux jours du week-end sur un bateau de 53 pieds (16 mètres), 100% carbone, et avec un équipage au top niveau (champion olympique, champion du monde, vainqueur de la Volvo Ocean Race, etc.). Super week-end de nav’ passé en tant que régleur de grand-voile. Que ça fait du bien de tirer sur des écoutes ! Nous sommes parti d’Urca -au pied du Pain de Sucre- et sommes allé virer au large de Copacabana, cela m’a donc permis de voir Rio de Janeiro depuis l’Océan Atlantique Sud. Et cela est absolument magnifique. Le samedi en fin d’après midi, le jeu de lumière avec les montagnes qui entourent la ville était splendide. Je n’ai évidemment pas de photo, je n’étais pas la pour faire du tourisme !
Le dimanche soir le skipper m’a proposé d’aller régater avec eux le week-end suivant à Buzios, une station balnéaire situé à 3 heures de Rio et parfaite pour naviguer. Malheureusement il fallait prendre une journée de congé et des déplacements professionnels ne m’ont pas permis de m’absenter. C’est bien dommage, mais il devrait y avoir d’autres opportunités…
Até logo,
|
|
Écrit par Stéphane
|
|
Samedi, 10 Avril 2010 13:13 |
|
Ce samedi le soleil est de retour à Rio de Janeiro, après une semaine extrêmement pluvieuse et meurtrière. J’en parlais déjà dans mon dernier article, des trombes d’eau se sont abattus sur l’Etat de Rio de Janeiro, 280 millimètres en 24 heures –soit le double des précipitations moyennes du mois d’avril.
Vous avez été nombreux à m’envoyer des messages pour prendre de mes nouvelles, notamment après avoir vu de terribles images à la télévision. Et, à tous, je répétais la même chose : « non seulement je vais bien, mais en plus mon quartier n’est absolument pas touché par les inondations et les glissements de terrain. Je fais parti d’une classe sociale privilégié et, « de fait », je n’habite pas dans une zone à risque. ». Car, comme l’indique la journaliste Lamia Oualalou, « Ce que les images diffusées en quelques secondes sur les écrans du monde entier omettent, c'est qu'il y a deux Rio de Janeiro : celui des riches, et de la classe moyenne, et celui des pauvres. ». Et comme je l’indiquais déjà dans mon article de mardi, elle confirme que « Toutes les victimes, je dis bien toutes, viennent des favelas, accrochées aux flancs des « morros », ces collines caractéristiques de la ville merveilleuse. » Ces pluies, les plus importantes à Rio de Janeiro depuis une quarantaine d’années, ont en effet provoquées la mort et la disparition de plusieurs centaines de personnes. Le bilan final pourrait s’élever à 400 ou 500 décès.
Même si je suis sur place, je n’ai pas beaucoup plus d’informations que vous qui êtes en France, en Australie ou ailleurs dans le monde. Hormis quelques routes inondées, je n’ai subi et vu aucune conséquence de ces intempéries. Et comme les déplacements étaient particulièrement compliqués et qu’il était demandé aux gens de rester chez eux –pour ceux qui le peuvent- je ne me suis pas rendu en ville. Bien sur, tous mes amis Brésiliens avec qui j’en ai parlé sont sous le choc et trouvent terribles ces centaines de morts. Beaucoup de mes amis mettent aussi directement en cause les politiciens qui n’ont jamais fait ce qu’il fallait pour empêcher les constructions sur les zones à risques ou pour déplacer les habitants installés sur des collines particulièrement dangereuses. Soit dit en passant, j’ai été étonné de voir hier certains journalistes français s’indigner de la décision de raser des maisons situées en zone à risque suite à la tempête Xynthia, en France. On ne peut pas d’un côté accuser les politiques de ne pas faire le nécessaire pour éviter les drames comme ceux vécus en France fin février ou à Rio ces jours-ci, et en même temps s’indigner du « déplacement » de population dont la vie peut être en danger. Pour en revenir à Rio, il semble que la politique d’urbanisation –ou son absence, plutôt- ait joué un rôle très important dans les drames vécus. Le manque de « plan d’urgence » et la paralysie totale des transports ont également été des points dégradants une situation déjà difficile.
Pour mieux comprendre la situation à Rio, je vous invite grandement à lire le très bon article de Lamia Oualalou intitulé A Rio de Janeiro, les intempéries, c'est deux poids, deux mesures. Je tiens d’ailleurs à préciser que le titre de mon article est directement tiré de la conclusion du sien.
Até logo,
|
|